Un message composé de nombres, de points et de tirets ou de groupes de lettres inhabituels n’est pas forcément « chiffré » au sens cryptographique du terme. Il peut s’agir d’un chiffrement classique, d’un code de transmission, d’une correspondance entre lettres et nombres ou simplement d’une représentation informatique du texte. Une suite comme 19 5 3 18 5 20, un message ... --- ... et une chaîne 01000001 peuvent tous dissimuler du texte, mais ils ne reposent pas sur le même principe. Cette première partie consacrée aux outils Codes d’AppErgo s’intéresse à ces transformations directes des caractères et de leur représentation.
Avant de décoder : chiffrement, code ou représentation ?
Un chiffrement transforme un message selon une règle et éventuellement une clé. Avec César, chaque lettre est déplacée d’un même nombre de positions. Vigenère utilise au contraire plusieurs décalages déterminés par un mot-clé. Atbash remplace chaque lettre par celle située à l’opposé dans l’alphabet.
D’autres systèmes reposent plutôt sur une correspondance. Avec A1Z26, A devient 1, B devient 2 et ainsi de suite. Le carré de Polybe représente une lettre par les coordonnées de sa case. En Morse, elle devient une succession de signaux courts et longs. Il ne s’agit pas forcément de dissimuler l’information, mais de la représenter selon une convention différente.
Enfin, ASCII, le binaire et l’hexadécimal sont encore autre chose. Ils permettent de représenter des caractères ou des données sous une forme numérique. Une énigme peut exploiter leur apparence pour rendre un message moins immédiatement lisible, mais ils ne constituent pas pour autant des chiffrements.
Transformer l’alphabet : César, ROT, Atbash et décalages variables

Le Chiffrement César est l’un des exemples les plus simples. Chaque lettre est déplacée du même nombre de positions dans l’alphabet. Avec un décalage de 3, A devient D, B devient E et Z revient au début pour devenir C. Lorsque le décalage est inconnu, le Décodeur César automatique permet de comparer directement les 25 possibilités non triviales.
La famille ROT reprend ce principe avec des transformations prédéfinies. ROT13 décale les lettres de 13 positions et s’annule lorsqu’on l’applique une seconde fois. ROT5 travaille sur les chiffres, ROT18 peut combiner lettres et nombres, tandis que ROT47 étend le principe à une grande partie des caractères ASCII imprimables. L’Outil ROT permet de comparer plusieurs variantes dans une même interface.
Atbash suit une autre logique très simple : l’alphabet est complètement inversé. A devient Z, B devient Y, C devient X, etc. La transformation est symétrique, ce qui signifie que la même opération permet d’encoder et de retrouver le texte initial.
Le Chiffrement Vigenère introduit des décalages variables. Un mot-clé détermine une succession de déplacements différents, si bien qu’une même lettre du texte original peut produire plusieurs caractères selon sa position. Dans une énigme, reconnaître Vigenère n’est donc parfois que la première étape : il faut encore découvrir la clé, qui peut être suggérée par un titre, une illustration ou un autre indice.
L’outil Décalage par mot-clé permet d’explorer une logique voisine avec davantage de liberté. Un mot peut être converti en valeurs successives utilisées comme décalages, avec notamment les conventions A = 0 ou A = 1. Une suite numérique comme 3 1 4 1 5 peut également être utilisée directement. C’est une piste intéressante lorsqu’une énigme fournit explicitement un mot ou plusieurs nombres qui semblent destinés à déplacer les lettres.
Des lettres transformées en nombres, coordonnées ou signaux

A1Z26 repose sur une correspondance immédiate : A = 1, B = 2, jusqu’à Z = 26. Le mot SECRET devient ainsi 19 5 3 18 5 20. AppErgo permet également de tester des variantes commençant à 0 ou utilisant l’alphabet dans l’ordre inverse, ce qui peut être utile lorsque l’auteur d’une énigme a choisi une convention différente.
Le Carré de Polybe place les lettres dans une grille de 5 × 5 et les représente par des couples de coordonnées. Une suite comme 11 43 25 peut donc orienter vers cette famille. Selon la convention utilisée, les coordonnées peuvent être lues ligne-colonne ou colonne-ligne.
Le Tap code reprend une logique très proche, mais transmet ces coordonnées sous forme de séries de coups. Une case située en position 4,3 peut par exemple être indiquée par quatre signaux suivis de trois. Ces signaux peuvent prendre la forme de sons, de flashs, de points ou de n’importe quels éléments répétitifs que l’on peut compter.
Le Chiffrement Bacon repose sur des groupes de cinq éléments ne possédant que deux états, traditionnellement A et B. Ces deux états peuvent cependant être représentés de nombreuses façons : majuscules et minuscules, deux couleurs, deux polices, deux formes ou deux orientations. Un message peut ainsi être caché dans l’apparence d’un texte qui reste lui-même parfaitement lisible.
Le Code Morse associe chaque caractère à une combinaison de signaux courts et longs. Les points et les tirets ne sont qu’une représentation écrite pratique : le même principe fonctionne avec des sons, des flashs ou deux symboles différents. L’outil AppErgo permet justement d’utiliser des caractères personnalisés lors du décodage.
D’autres systèmes peuvent apparaître dans des énigmes sans avoir été conçus pour cacher quoi que ce soit. L’Alphabet phonétique OTAN transforme par exemple CODE en Charlie Oscar Delta Echo afin de faciliter la transmission orale. Le Traducteur braille travaille avec un véritable système d’écriture, tandis que le Convertisseur de chiffres romains permet d’interpréter les symboles I, V, X, L, C, D et M. Leur présence peut constituer un indice sans qu’un véritable chiffrement soit impliqué.
ASCII, binaire et hexadécimal : plusieurs vues d’une même information
Le Code ASCII, le Code binaire et le Code hexadécimal sont étroitement liés. Ils peuvent représenter exactement la même information sous des formes différentes.
| Représentation | Valeur pour A |
|---|---|
| Caractère | A |
| ASCII décimal | 65 |
| Hexadécimal | 41 |
| Binaire | 01000001 |
Le binaire n’utilise que 0 et 1. L’hexadécimal utilise seize valeurs, de 0 à 9 puis de A à F, ce qui permet de représenter un octet avec seulement deux caractères, de 00 à FF. Une suite hexadécimale est donc beaucoup plus compacte que son équivalent binaire.
Pour les caractères modernes qui dépassent la table ASCII historique, les outils binaire et hexadécimal travaillent avec UTF-8. Une lettre accentuée peut alors nécessiter plusieurs octets, ce qui explique pourquoi le nombre de groupes obtenus ne correspond pas toujours au nombre de caractères visibles.
Ces représentations peuvent aussi constituer une première couche. Une conversion hexadécimale peut par exemple produire FRPERG. Le résultat reste étrange, mais ROT13 donne ensuite SECRET. Trouver un texte encore incompréhensible après une première conversion ne signifie donc pas forcément que la piste était mauvaise.
Comment reconnaître rapidement la bonne piste ?
La forme du message permet souvent d’éliminer beaucoup d’hypothèses avant même de commencer à décoder :
- Lettres ordinaires mais texte incompréhensible : César, ROT, Atbash, Vigenère ou une autre substitution.
- Nombres principalement compris entre 1 et 26 : A1Z26 ou une variante.
- Couples de nombres compris entre 11 et 55 : carré de Polybe ou autre système fondé sur une grille.
- Groupes de cinq éléments utilisant seulement deux valeurs : chiffrement Bacon.
- Points, tirets ou deux types de signaux : le Morse constitue une première piste.
- Groupes de huit 0 et 1 : représentation binaire d’octets.
- Paires utilisant principalement 0-9 et A-F : hexadécimal.
- Valeurs comme 65, 66, 67 ou 97 : ASCII décimal.
- Alfa, Bravo, Charlie, Delta… : alphabet phonétique OTAN.
- I, V, X, L, C, D et M : chiffres romains.
- Cellules comme ⠉⠕⠙⠑ : braille.
Ces indices ne constituent pas des preuves. Une suite de 0 et de 1 peut être du binaire, mais aussi un masque servant à sélectionner certaines positions. Des nombres entre 1 et 26 peuvent représenter des lettres, mais également des positions dans un texte ou dans une grille.
Il est surtout utile de reconnaître la structure du système plutôt que son apparence exacte. Du Morse peut utiliser deux formes géométriques au lieu de points et de tirets, Bacon deux couleurs au lieu de A et B et un Tap code des clignotements plutôt que des coups. Une énigme peut conserver le mécanisme tout en modifiant complètement sa présentation.
Une première famille parmi les outils Codes d’AppErgo
Les systèmes présentés ici sont particulièrement adaptés à l’apprentissage, à l’expérimentation, aux escape games, aux chasses au trésor et à la création ou la résolution d’énigmes. Ils ne doivent cependant pas être confondus avec les mécanismes cryptographiques modernes destinés à protéger réellement des informations sensibles. César dispose de très peu de clés, ROT13 et Atbash n’en utilisent pratiquement aucune, et Vigenère est depuis longtemps dépassé pour cet usage. Morse, braille, ASCII, binaire, hexadécimal ou alphabet OTAN ne sont quant à eux pas des méthodes de protection.
Cette première famille de la catégorie Codes d’AppErgo repose essentiellement sur une transformation directe des caractères ou de leur représentation. Mais un message peut également conserver exactement les mêmes lettres et devenir incompréhensible simplement parce qu’elles ne sont plus lues dans le bon ordre.
Le deuxième article de cette série sera consacré à ces transpositions, grilles, diagonales, spirales et méthodes d’extraction. Le troisième abordera enfin le cas le plus difficile : analyser un message lorsque l’on ne sait pas encore quel système a été utilisé.